Paris décerne(ra) une médaille à Abdellatif Hammouchi… mais gare au revers de médaille

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« Le rôle des services de sécurité marocains est reconnu de tous »… Ainsi parla le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve lors d’un point de presse à l’issue de sa visite à Rabat et de ses entretiens avec ses homologues marocains Mohamed Hassad et Charki Draïss. Le ministre français a aussi annoncé que la République allait prochainement décorer de la Légion d’Honneur Abdellatif Hammouchi, patron de la DST marocaine… L’homme par qui la crise a éclaté, en dehors de sa volonté, entre Rabat et Paris.

Bernard Cazeneuve en a fait des tonnes… « Nous avons beaucoup à faire avec le Maroc pour lutter contre toute forme d’amalgame et rappeler haut et fort que les actes barbares commis en France n’ont rien à voir avec l’Islam et ne peuvent d’ailleurs se revendiquer d’aucune religion ou culture (…).  Face à la menace commune, le rétablissement de notre pleine coopération était une exigence et un souhait partagé. Elle montre que dans les moments difficiles, l’amitié entre le Maroc et la France est plus forte que tout ».

Cela reste à prouver car à l’éclatement de la crise, et quand François Hollande avait parlé au téléphone avec le roi Mohammed VI, le président français n’avait « pas trouvé les termes qu’il fallait », et que ses ministres, par la suite, avaient opposé au Maroc énervé de la convocation de son haut responsable le fameux principe de « l’indépendance de la justice » en France. Ne le serait-elle plus, maintenant que le chef du contre-espionnage français va être décoré et que la justice française n’a semble-t-il pas renoncé à ses poursuites, qu’elle sera instamment priée de reporter ?

Par ailleurs, en honorant Hammouchi, Paris cherche à rattraper le temps perdu sur l’Espagne qui, elle, avait décoré d’une de ses plus hautes distinctions le même responsable marocain, alors même que la crise avec la France était à son apogée.

Mais qu’en est-il de la diplomatie, maintenant que les deux chefs d’Etat ont mis un bémol à la mésentente, que Taubira et Ramid ont raccordé leurs violons et que les ministres de l’Intérieur ont dansé sur la même musique ? Il semblerait qu’entre les deux chefs de la diplomatie marocaine, la dissonance soit encore de mise, puisqu’ils ne se sont encore jamais rencontrés depuis cette réunion très particulière du 11 janvier, quand Mezouar avait boycotté la marche de Paris contre le terrorisme et que sa visite à Paris avait quelques jours après été annulée. Cela confirme que ces rapprochements spectaculaires entre Rabat et Paris ne concernent que le volet sécuritaire et la coopération judiciaire, les deux points qui paraissent avoir vraiment le plus d‘importance pour les deux parties.

Enfin, cet acte de contrition français est-il vraiment dans l’intérêt de relations durables entre les deux pays. Qu’en dira l’opposition en France ? Qu’en penseront les frondeurs, et même les non frondeurs, au sein du PS ? Comment réagiront les faucons au sein même du gouvernement français ? Quel sera le comportement des refuzniks marocains en France (Adib, Moumni…)  et celui des autorités françaises à leur égard ?Autant de questions dont les réponses ne devront pas tarder à intervenir, et autant d’interrogations qui confirment ce que nous disions tout récemment sur PanoraPost encore, à savoir que la réconciliation entre Rabat et Paris est conjoncturelle et dictée par les intérêts, loin de l’entente amicale et , osons le mot, sentimentale, qui a régné entre France et Maroc, avec les 80.000 Français résident au Maroc et le 1,3 million de Marocains en France.